Articles de la catégorie : La route des incas

La route des Incas – Episode 4 – Manu / Lac Titicaca : A travers la steppe des Andes

Je quitte Manu pour remonter sur les hauts plateaux Andins, l’Altiplano. Peu à peu, le désert vert que constitue la forêt laisse la place à une steppe balayée par les vents et parcourue par des troupeaux de lamas. L’Altiplano est traversé par une bonne route asphaltée qui s’avale en quelques heures seulement, mais il serait dommage de ne pas prendre le temps de s’arrêter. Il faut prendre le temps d’aller se perdre sur cette étendue d’herbe grillée et attendre que le vent se lève, que l’orage arrive et inonde l’horizon de lumières crépusculaires. Je suis fascinée par cette terre qui subit des écarts de température de plus de 30 degrés entre le jour et la nuit. Les hommes que je rencontre le long de la route me racontent à quel point les conditions de vies sont extrêmes sur l’Altiplano. Au bout de la steppe, le lac Titicaca s’étale à perte de vue, entouré par les montagnes enneigées. Aujourd’hui encore, les Indiens qui y naviguent jettent dans ses eaux des feuilles de coca en forme d’offrande. D’apparence calme, la navigation sur le lac peut vite se révéler périlleuse si le vent se lève. Tout autour du lac pousse la totora, une sorte de roseau considéré comme un véritable bienfait des Dieux par les populations locales. Elle est utilisée pour la construction des îles flottantes sur lesquelles vivent les Uros, qui vivent en permanence sur le lac. Je m’embarque sur un bateau dans le port de Llachon pour aller me perdre au milieu des eaux, sur l’île de Taquile. C’est là bas que je pars à la rencontre d’un sorcier qui m’explique le rapport qu’ont les indiens péruviens à la terre et aux éléments. Au Pérou, on respecte les Apus, c’est à dire les montagnes, qui sont considérées comme des êtres protecteurs, même ici, au cœur du lac Titicaca.

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La route des Incas – Episode 3 – Cusco / Manu : Une terre indienne

Le nom de la capitale Inca, Ccoscco, hispanisée plus tard sous la forme de Cusco, signifie en quechua le « nombril de la terre ». Située à 3400 m d’altitude dans une haute vallée fertile, la ville jouit, grâce à la proximité du tropique, d’un climat agréable. Aujourd’hui classée « patrimoine culturel de l’humanité » pour la richesse de ses monuments Incas et coloniaux, elle figure parmi les cités les mieux conservées de l’Amérique précolombienne. A Cusco, je suis au cœur de l’ancien empire Inca, et c’est tout naturellement là que je retrouve les traces les mieux conservées de Qhapac Nan, le chemin Inca qui constituait un réseau de communication à l’échelle du continent sud-américain. Sur le chemin, je rencontre Alfredo qui me fait partager sa passion pour la civilisation Inca et surtout pour Machu Picchu, la cité Inca oubliée et redécouverte au début du vingtième siècle. Mais je me rend vite compte que la société péruvienne idéalise ce passé Inca alors qu ‘elle méprise aujourd’hui les Indiens qui sont les descendants des Incas d’hier. Au fond de la vallée de Calca, les indiens que je rencontre sont en colère et souffrent des discriminations dont ils s’estiment victimes. Pour eux, le simple terme « d’indien » sonne comme une insulte. Cette région a de tout temps attiré les aventuriers à la recherche d’un hypothétique Eldorado. Je suis leurs traces en m’enfonçant dans la forêt Amazonienne qui s’étend à perte de vue au pied de la Cordillère des Andes. La piste qui descend des montagnes à partir de Cusco est épique. Il faut 12 heures pour atteindre le village de Shintuya qui est aux portes du parc de Manu. Je suis sur le territoire des Indiens Amazoniens, des populations qui n’ont jamais vraiment été assimilées par les civilisations des Andes malgré leur proximité géographique. A Shintuya, la piste s’arrête, et pour aller plus loin, il faut partir sur la rivière Madre de Dios. C’est ce que je fait en profitant du passage de Matéo, un chaman Machinguenga que j’accompagne en forêt. Il faut prévoir au minimum plusieurs jours pour séjourner dans la région de Shintuya, mais les sensations y sont fortes, au cœur d’une nature préservée.

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La route des Incas – Episode 2 – Huancayo / Cusco : La piste de la Sierra

Je repars de Huancayo pour m’enfoncer dans les montagnes Andines. A partir de maintenant, la route n’est plus asphaltée, et c’est un voyage de plusieurs jours qui attend le voyageur sur des pistes magnifiques mais pénibles. La Sierra Centrale est une région qui se mérite, en dehors de tout itinéraire touristique. Pour la traverser, il faut prendre les bus qui relient la plupart des villes de la Sierra ou louer un véhicule avec un bon chauffeur. Il faut compter 4 journées de pistes pour atteindre Cusco. La première étape de ce périple, c’est Ayacucho, qui fût coupé du reste du pays pendant plusieurs décennies parce qu’elle était l’épicentre de la guerre civile qui a ensanglanté le pays dans les années 80 et 90, entre la guérilla du sentier lumineux et l’armée nationale péruvienne. Le calme y est aujourd’hui revenu et Ayacucho a retrouvé sa réputation d’accueil. Je suis d’ailleurs très vite séduit par la douceur de vivre qui se dégage de cette ville et j’ai du mal à croire que cette ville à été le théâtre d’exactions de la part des deux parties. La piste qui part d’Ayacucho vers Andahuaylas, Abancay, puis Cusco traverse des paysages dantesques. Elle passe par des cols qui sont perchés à près de 5000 mètres et qui sont balayés par des vents glacials. Puis elle plonge vers des vallées encaissées 3000 mètres plus bas qui sont de véritables oasis tropicales. Au bord de cette route, je rencontre une population composée de paysans laborieux qui reprennent le chemin des champs après les années de guerre et de camionneurs pour qui la piste est une routine. Faire la piste dans cette partie des Andes est sans aucun doute une expérience unique, un avant goût d’aventure.

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La route des Incas – Episode 1 – Lima / Huancayo : A l’assaut de la Cordillère des Andes

Mon voyage commence à Lima. C’est une grande Ville sud Américaine, avec ses bidonvilles où viennent s’entasser les paysans des montagnes poussés par l’exode et ses quartiers d’affaires clinquant. Elle fut fondée par Francisco Pizarro, le conquérant et explorateur espagnol qui partira à l’assaut de l’empire Incas et remontant leur chemin à travers les montagnes. De ce passé colonial, Lima a conservé son architecture espagnole, mais aujourd’hui, c’est ailleurs qu’il faut chercher l’âme de la ville, dans les quartiers populaires ou toute une population besogneuse tente de faire sa place. La moitié des 22 millions de Péruviens vivent aujourd’hui dans la capitale. Pour quitter Lima, je me rends à la gare pour prendre le train des cimes, le train de Huancayo. C’est un des trains les plus spectaculaires au monde puisqu’il grimpe dans la Cordillère des Andes jusqu’à une altitude record de 4800 mètres. Il faut une journée pour parcourir les 300 kilomètres de voies et avec un tel dénivelé, il est difficile d’échapper au mal des montagnes. Un médecin parcours d’ailleurs le train avec une bouteille d’oxygène pour les passagers qui subissent ce mal. Je descend au col d’Anticona et je continue par la route vers la ville de La Oroya qui est un centre minier et sidérurgique. Ici, les conditions de vie sont déjà extrêmes, et je m’arrête pour suivre une procession qui traverse la ville. En continuant par le goudron, j’arrive à Huancayo, la plus grande ville de la Sierra. Le marché qui s’y tient tous les dimanches est connu dans tout le Pérou. Les peuples des Andes s’y donnent rendez vous pour commercer et échanger. Sur le marché, je peux me procurer des feuilles de Coca, cette plante que les paysans péruviens mâchent sans relâche pour se donner du courage.

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