Articles de la catégorie : La Translatina

Translatina – Episode 1 : Buenos Aires – Junin

Réalisateur : Marc Mopty

C’est l’envie d’aller de l’océan Atlantique à l’océan Pacifique avec pour guide un carnet de voyage, qui me fait arriver ce matin à Buenos-Aires.

À la « Bocca », la bouche de Buenos Aires, les hommes comme les rêves, les marchands, les repris de justice et les fuyants, en route vers la fortune, ont franchi sa porte mythique. Ils ont tous oublié leur langue d’origine pour se fondre à l’espagnol. « Tu sais, on a coutume de dire que les péruviens descendent des Incas, les Mexicains des Aztèques et les Argentins descendent du bateau » me dit un vieil ami Benjamin.

Evita Peron, celle qui défendait les Descamisados, les sans-chemises, fut élevée au rang de sainte. Aujourd’hui, ses fans viennent du monde entier pour la célébrer.

Aujourd’hui certains des gardelianos, des admirateurs, glissent une cigarette allumée entre les doigts de bronze de la statue de Carlos Gardel grandeur nature, sans doute pour le rendre plus vivant encore.
Pour danser le tango, il vaut mieux être équipé de « DarcosTango » avec elles, je pourrai danser jusqu’à Valparaiso.
Le rendez-vous avec Bibiana est pris à la Confitaria Ideale, une salle, une milonga légendaire. Le Tango, c’est une pensée triste qui se danse… non ? »

Je veux revoir Benjamin avant de m’engager sur la route. Il m’invite dans un jardin à l’abri du Buenos Aires agité, là, il me prodigue ses derniers conseils.

Je pars à la rencontre des gauchos et des estancias sur près de 2000 kilomètres. A 3 heures de route de la capitale, direction plein ouest, je suis projeté dans un autre temps, un petit air de film latino avec aristocrates et haciendas sur fond de révolution.

Partagez:

Translatina – Episode 2 : Buenos Aires – San Luis

Réalisateur : Marc Mopty

Dans les années trente, l’ancêtre de Rafael Torello achète une estancia. Un air de vieille France du I8ème plane sur cette propriété. Plaisir et volupté, champagne et petites femmes de Paris sont le quotidien des anciens propriétaires. Miguel Ange, le palfrenier me raconte que le mot pampa vient de la langue indienne Quechua et veut dire champ plat.

Je laisse Raphaêl avec ses 2500 hectares. J’ai oublié de lui poser une question : « mais dis-moi maintenant : C’est quoi un gaucho ? un Mythe ou une réalité ? ». Il sourit.

550 kilomètres à parcourir entre Junin et San Luis. Rien ne pousse si ce n’est l’herbe à vaches… et les éoliennes. Rien que la route et la poussière. Juste un horizon pour s’évader. La pampa à 360° et le rail orphelin. Il ne me reste plus qu’à fuir sur Villa Mercédes, la ville étape.

Hector Aubert a 3 passions : les chevaux, les chevaux et les chevaux et puis les charettes à chevaux évidemment.
« Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Que viens-tu faire dans cette pampa ? » semblent-ils tous me demander. C’est pourtant un rituel tout aussi important pour les gens d’ici: la vente aux enchères du bétail. Le bœuf est toujours la superstar mais aujourd’hui les gauchos ont disparu.

Kilomètre 750. San José Del Morro. Hé Ombre, serais-tu le dernier des gauchos ?

Il existe une tradition dans la pampa pour souhaiter la bienvenue à l’étranger, lui parler d’amitié, de cordialité et de bonheur ; c’est un poème appelé « cojoyo ». Le soir à Villa Mercédès, tandis que les arrière petits-enfants de l’immigration vivent un autre temps, je me pose la question : « Si les gauchos ne sont plus machos, si les chevaux sont remplacés par les motos, où va la Pampa ? »

Partagez:

Translatina – Episode 3 : Villa Mercedes – Santiago

Réalisateur : Marc Mopty

La nationale 7 est en perpétuelle refection pour atteindre San Luis, puis Mendoza. La cordillère des Andes semble me faire un signe, mais je me trompe, ce sont les premiers reliefs de la porte de Cuyo.

La mosaïque du monde est telle qu’un homme au bord de la route cherche à me dire quelque chose de précis. Il marche mais il marche dans mon voyage. Sur cette nationale 7, « Bienvenue sur la terre du soleil et du bon vin ! » semblent me dire les usagers en direction de Mendoza. Je découvre Mendoza ce matin, sans ces arbres cette ville serait une véritable fournaise.
Pour les Rutini, les Alfieri, les Bosca comme pour tous ces italiens qui découvraient cette terre promise, il y eut cette habileté et cette conquête de l’homme sur le sol aride.

La Nationale 7 est aussi la route du vin.


Quand les immigrants apportent les meilleurs cépages de leurs pays d’origine afin de les cultiver, ils choisissent cette région de Tupungato bien arrosée par les pluies andines. Ainsi naît le « Vino Argentino » !
Le Rio Mendoza qui prend sa source 200kms plus haut charrie ses amateurs d’émotions fortes.
Le rail ne m’a pas quitté depuis la plaine. Rail ou route, la pente est douce vers les sommets. Les tunnels s’enchainent, les virages se multiplient.

Sur cette ancienne route royale des Incas, je m’essoufle un peu pour contempler l’Aconcagua « la sentinelle de pierre », dominant les deux Amériques à 6960 mètres d’altitude.

Pascal vient de passer deux semaines à 5000m. Il voulait de là-haut contempler les 2 pays. Il a échoué. On ne rigole pas avec l’Aconcagua. À 4200m d’altitude, le Christ rédempteur a départagé les 2 pays pour une querelle territoriale. On me dit qu’il est possible d’atteindre la frontière de ce coté. Je préfère le tunnel.

Partagez:

Translatina – Episode 4 : Las Cuevas – Valparaiso

Réalisateur : Marc Mopty

Dans la descente vertigineuse sur Santiago, la Translatina prend le nom de Route 60. Dans ces épingles à cheveux, on est pas loin du « salaire de la peur. Dans ce Chili j’ai rendez-vous avec des poêtes. Célèbres ou méconnus.
Santiago est une métropole gigantesque coincée entre les Andes et la cordillère côtière, avec un métro et des collines. Pour tout chilien, il est d’usage de prendre le funiculaire du Cerro San Cristobal et de là-haut, sous la bienveillance de la vierge, contempler cette tentaculaire cité.
Mais Santiago, pour tout chilien aussi, fut l’épicentre d’un coup d’état célèbre qui vit blesser la démocratie.
Dans cette maison bateau, un clin d’œil de Neruda pour me dire qu’il faut se baisser. Ambassadeur du Chili à Paris, il reçoit le prix Nobel de littérature en I97I. En rentrant il s’empresse de téléphoner à son ami Alliende, le président… On connaît la suite.
Face à ce Palais de la Moneda qui fut le symbole de la dictature, je me suis empêché de trop penser au Chili, au feuilleton judiciaire des droits de l’homme.

On me dit que je ne peux pas quitter Santiago sans passer par le « mercado central ».
J’ai donné rendez-vous à Andres Wood, cinéaste exorciste de la dictature. Enfin Valparaiso. Cette fois je suis devant le Pacifique que j’attends depuis l’Atlantique, depuis l’Argentine. Ici les collines s’appellent coteau papillon, coteau des cordages, coteau des femmes seules. Je ne connaitrais pas les 42 collines, ni tous les escaliers ni tous les labyrinthes, ni toutes les ruelles mystérieuses… La poésie n’est jamais loin et Gardel toujours à côté.

Partagez: