Articles de la catégorie : Route des Dieux

La route des Dieux : De Leh à Bénarès – Episode 4

Bareilly, Farrukhabad, Kanpur… Autant de villes, bien plus encore de dieux.

Et partout aussi des poètes et des fakirs itinérants.

Lucknow, cité musulmane aux palais ciselés par les lumières du couchant. C’est l’une des plus belles villes du pays. Appel à la prière.

Un jour plus qu’un autre, la route des dieux devient fleuve.

Descendre le Gange par les flots accompagnés d’un indien batelier, jusqu’à Bénarès. Le temps coule plus lentement. La brume se laisse déchirer à coups de rames ; et Bénarès apparaît. Avec ses palais de maharadjahs, ses petites pensions pour pèlerins et ses écoles de yoga, façades ocre jaune, roses ou bleu pastel, aux murs crevés d’humidité, branlants et noircis. Bénarès, l’ancienne Kashi, « la lumière », ville sainte depuis deux mille ans, visage ridé, craquelé, repoussant. Et magnifique. Des notes s’échappent des écoles de musique ; les brâhmanes les accompagnent jusqu’au Gange pour les ablutions du matin. Toute la ville d’ailleurs semble s’y être donnée rendez-vous. Car aussi vieille qu’Athènes, Jérusalem ou Pékin, Bénarès est surtout la plus importante ville sainte pour les hindous. Elle accueille aussi des mourants et des morts, car il « fait bon » mourir à Bénarès. Abandonner son corps au bucher et faire don au Gange de ses cendres.

« Om Shanti Om ».

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La route des Dieux : De Leh à Bénarès – Episode 3

Bruits, odeurs et couleurs accompagnent les kilomètres que je poursuis grâce à un mythique taxi Ambassador. Brahma, Vishnu et Shiva se balancent sur la moumoute rose fluo du tableau de bord. Les vitres baissées parce qu’elles ne remontent plus, mon chauffeur klaxonne en sortant le bras pour indiquer qu’il déboîte – sort la tête pour cracher le bétel qui le maintient les yeux ouverts et qui donne sa couleur rouge-sang au bitume. Avec les néons verts en permanence allumés pour plafonnier, identiques à ceux que l’on trouve accrochés aux mosquées damascènes, j’ai presque l’impression d’être au paradis. Illusion.

Le petit lac de Rewalsar cerclé de ses trois temples est une halte qu’on voudrait pour demeure. Les singes habitent les pierres, les carpes se gavent du pain qu’on leur jette. Soubresauts intemporels mais faciles. Un lieu unique de pèlerinage commun aux bouddhistes, hindouistes, et sikhs. Pour les uns, le moine Padmasambhava se serait réincarné sur un lotus au milieu du lac. Pour les autres, les roseaux flottant sur ses eaux sont des vaisseaux investis par l’esprit de Shiva. Les troisièmes y viennent en mémoire du dixième gourou.

En Inde, la vie s’empare de la route comme nulle part ailleurs. En ville, la route se transforme en rue jusqu’au débordement. Les sâdhus la parcourent, les intouchables y mendient au milieu des vaches sacrées. Les livreurs de thé et de journaux se mêlent aux saltimbanques. Tous y « sur-vivent ». Tantôt aménagé en marché, tantôt en cirque, tantôt en foire, la rue est un spectacle qui ne connaît pas d’entracte… Sauf peut-être à Rishikesh ou Haridwar…

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La route des Dieux : De Leh à Bénarès – Episode 2

Le camion est tout pour le camionneur : sa chambre à coucher, sa cuisine, son temple. A l’arrêt de midi, l’apprenti chauffeur court chercher quelques gouttes d’essence dans le réservoir pour alimenter le réchaud qui permettra de cuisiner le dal indien. Odeurs d’essence mêlées à celle des oignons. Goût vaporeux de la route. Prière à Shiva qui siège sur le tableau de bord en guise de dessert. Puis repartir. L’apprenti se tient prêt à sauter du camion dans les montées au cas où le chargement serait plus fort que le couple du moteur. Sa mission : trouver une pierre qui calera le plus rapidement possible à la roue arrière. Nuit étape sous la tente de nomades Changtang.

Pause au sommet du Taglang La à 5335m d’altitude. Thé au lait à l’abri des nombreux petits bouibouis qui jalonnent la route. Check-point. « 21 loops », une succession de 21 lacets parmi les plus beaux paysages que compte notre planète. Marche arrière pour laisser passer les convois militaires qui se dirigent vers le Cachemire à la frontière avec le Pakistan et y goûter encore un peu. Assistance auprès d’un camionneur qui attend depuis quinze jours une hypothétique pièce afin de pouvoir réparer son moteur… La vie de la deuxième plus haute route du monde.

Rothang La, dernier col. De l’autre côté et sans transition, l’autre Inde. Le no man’s land laisse place à la profusion : les arbres chantent, l’eau coule en cascade telle des fontaines. Des indiens un peu partout. Manali.

Puis Amritsar, la ville des sikhs arrive vite. Le temple d’or rompt avec la misère des rues. J’y trouve refuge mais je n’y crois pas. Je saisis la spiritualité de l’endroit, l’énergie tellurique… Mais tout cela pour quels dieux ? Ceux de la route ?!!!

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La route des Dieux : De Leh à Bénarès – Episode 1

Mon voyage commence au cœur de l’Himalaya, premières prières au départ de la route des Dieux en compagnie de jeunes moinillons. Un ultime thé au beurre de yak rance. Une bougie à Bouddha pour offrande. « Si ton cœur est assez pur, tu seras capable de voler d’une vallée à l’autre » lance le lama au voyageur en guise de protection. S’il savait que j’aime la pesanteur du bitume…

Leh, son monastère… et sa mosquée. Promesse d’Inde plurielle. C’est ici que je compte trouver un chauffeur de camion Tata qui m’emmènera pour Manali, 337 kilomètres plus au Sud – trois jours dans le meilleur des cas ; par la deuxième plus haute route du monde. De toutes celles que j’aie pu emprunter jusqu’alors, c’est sans aucun doute la plus dangereuse et la plus improbable mais aussi, la plus belle et la plus céleste. « Don’t be gamma on the land of lama » dit un panneau en son bord comme pour prévenir ceux qui l’empruntent.  Des chauffeurs qui – par trois cols à plus de 5000m d’altitude – tentent malgré la fatigue de garder leurs yeux grands ouverts pour apprécier les ravins de l’enfer et toucher le ciel du bout des doigts, ceux qui en sont revenus disent d’elle que ses visions ne vieillissent jamais. Paradis qui se visite ?

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