Bareilly, Farrukhabad, Kanpur… Autant de villes, bien plus encore de dieux.
Et partout aussi des poètes et des fakirs itinérants.
Lucknow, cité musulmane aux palais ciselés par les lumières du couchant. C’est l’une des plus belles villes du pays. Appel à la prière.
Un jour plus qu’un autre, la route des dieux devient fleuve.
Descendre le Gange par les flots accompagnés d’un indien batelier, jusqu’à Bénarès. Le temps coule plus lentement. La brume se laisse déchirer à coups de rames ; et Bénarès apparaît. Avec ses palais de maharadjahs, ses petites pensions pour pèlerins et ses écoles de yoga, façades ocre jaune, roses ou bleu pastel, aux murs crevés d’humidité, branlants et noircis. Bénarès, l’ancienne Kashi, « la lumière », ville sainte depuis deux mille ans, visage ridé, craquelé, repoussant. Et magnifique. Des notes s’échappent des écoles de musique ; les brâhmanes les accompagnent jusqu’au Gange pour les ablutions du matin. Toute la ville d’ailleurs semble s’y être donnée rendez-vous. Car aussi vieille qu’Athènes, Jérusalem ou Pékin, Bénarès est surtout la plus importante ville sainte pour les hindous. Elle accueille aussi des mourants et des morts, car il « fait bon » mourir à Bénarès. Abandonner son corps au bucher et faire don au Gange de ses cendres.
« Om Shanti Om ».
Bruits, odeurs et couleurs accompagnent les kilomètres que je poursuis grâce à un mythique taxi Ambassador. Brahma, Vishnu et Shiva se balancent sur la moumoute rose fluo du tableau de bord. Les vitres baissées parce qu’elles ne remontent plus, mon chauffeur klaxonne en sortant le bras pour indiquer qu’il déboîte – sort la tête pour cracher le bétel qui le maintient les yeux ouverts et qui donne sa couleur rouge-sang au bitume. Avec les néons verts en permanence allumés pour plafonnier, identiques à ceux que l’on trouve accrochés aux mosquées damascènes, j’ai presque l’impression d’être au paradis. Illusion.
Le camion est tout pour le camionneur : sa chambre à coucher, sa cuisine, son temple. A l’arrêt de midi, l’apprenti chauffeur court chercher quelques gouttes d’essence dans le réservoir pour alimenter le réchaud qui permettra de cuisiner le dal indien. Odeurs d’essence mêlées à celle des oignons. Goût vaporeux de
Mon voyage commence au cœur de l’Himalaya, premières prières au départ de la route des Dieux en compagnie de jeunes moinillons. Un ultime thé au beurre de yak rance. Une bougie à Bouddha pour offrande. « Si ton cœur est assez pur, tu seras capable de voler d’une vallée à l’autre » lance le lama au voyageur en guise de protection. S’il savait que j’aime la pesanteur du bitume…



