Je quitte Manu pour remonter sur les hauts plateaux Andins, l’Altiplano. Peu à peu, le désert vert que constitue la forêt laisse la place à une steppe balayée par les vents et parcourue par des troupeaux de lamas. L’Altiplano est traversé par une bonne route asphaltée qui s’avale en quelques heures seulement, mais il serait dommage de ne pas prendre le temps de s’arrêter. Il faut prendre le temps d’aller se perdre sur cette étendue d’herbe grillée et attendre que le vent se lève, que l’orage arrive et inonde l’horizon de lumières crépusculaires. Je suis fascinée par cette terre qui subit des écarts de température de plus de 30 degrés entre le jour et la nuit. Les hommes que je rencontre le long de la route me racontent à quel point les conditions de vies sont extrêmes sur l’Altiplano. Au bout de la steppe, le lac Titicaca s’étale à perte de vue, entouré par les montagnes enneigées. Aujourd’hui encore, les Indiens qui y naviguent jettent dans ses eaux des feuilles de coca en forme d’offrande. D’apparence calme, la navigation sur le lac peut vite se révéler périlleuse si le vent se lève. Tout autour du lac pousse la totora, une sorte de roseau considéré comme un véritable bienfait des Dieux par les populations locales. Elle est utilisée pour la construction des îles flottantes sur lesquelles vivent les Uros, qui vivent en permanence sur le lac. Je m’embarque sur un bateau dans le port de Llachon pour aller me perdre au milieu des eaux, sur l’île de Taquile. C’est là bas que je pars à la rencontre d’un sorcier qui m’explique le rapport qu’ont les indiens péruviens à la terre et aux éléments. Au Pérou, on respecte les Apus, c’est à dire les montagnes, qui sont considérées comme des êtres protecteurs, même ici, au cœur du lac Titicaca.