Prix de la Jeunesse 2007 à Cannes

60 jeunes jettent un regard décalé sur le Festival de Cannes

23 mai - Prêt-à-porter

Funukedomo, Kanashimi No Ai Wo Misero (Funuke show some love, you losers!) de Daihachi Yoshida
Avec Eriko Sato, Aimi Satsukawa, Hiromi Nagasaku...

Un fil, une aiguille… Loin d'un défilé de haute couture, le premier long métrage de Daihachi Yoshida paraît être du prêt-à-porter quelque peu décousu sur les bords. Un tissu de fond déchiré à l'instar de cette famille japonaise dysfonctionnelle. Deux sœurs, Sumika et Kiyomi, une promesse obscure pesant sur la conscience du demi-frère, Shiniji, et Machiko, sa femme, témoin impuissant.

Il y aurait sur la tenue de ce créateur autant de motifs qu'il n'y a de caractères et de facettes aux personnages. Un mélange de genres et de registres, un véritable assortiment de couleurs, diverses et variées qui pour autant ne se marient pas toujours : pathétisme et burlesque, comique et tragique… Un fil conducteur plutôt fragile qui s'effrite au cours du long métrage, une histoire, un scénario donc trop emmêlés.

Néanmoins, il a su manier parfaitement un humour subtil, faisant de son film une œuvre divertissante. Violence, humiliation, conflits, secret, tabou, dessins, Funukedomo, Kanashimi No Ai Wo Misero semble être construit à l'image culinaire asiatique ou à celle d'un manga, un véritable repas mi-sucré mi-salé ; amateur ou curieux de cette cuisine, n'hésitez pas à aller le dévorer des yeux.

Boissier Julie et Douchet Julie, du lycée du Val de Saône

22 mai - Magie et sentiments sortent de l'écume

Meduzot (Les Méduses) d'Etgar Keret et Shira Geffen
Avec Sarah Adler, Noa Raban, Gera Sandler...

Les méduses. Elles vont, viennent au rythme des courants, se laissent porter par les vagues, et parfois, s'échouent. C'est aussi le cas des personnages de Meduzot, chronique d'un monde entre rêve et réalité, véritable conte de fée moderne qui se déroule au cœur de Tel-Aviv. Peu loquaces et tous animés du même flegme, aucun d'eux n'est réellement maître de sa situation.

Ces petits fragments de la vie de chacun s'entremêlent avec légèreté pour créer une grande fresque poétique qui réfléchit sur le devenir de la société israélienne : Keren, jeune mariée, qui renonce à sa lune de miel aux Caraïbes après s'être cassée la jambe ; Batya, jeune serveuse dotée d'une maladresse maladive ou encore Joy, employée de maison philippine, au service d'une vieille femme sévère et revêche…

Tous ces personnages sans liens apparents coexistent pourtant harmonieusement dans cette métropole, sortant peu à peu de leur emmurement, faisant un petit pas vers l'autre. Mais la véritable symbolique de la beauté et du rêve dans ce film réside en fait dans cette petite fille aux grands yeux bleus. Sortie de l'eau ou plutôt de nulle part, elle illumine de son aura protectrice le cœur des protagonistes et avant tout, celui du spectateur.

Les deux réalisateurs Etgar Keret et Shira Geffen, à l'origine écrivains, savent manier les mots, les images et la musique avec une justesse infinie et une sensibilité rare. D'une scène à l'autre, d'un destin à un autre qui hésite entre souvenirs et devenirs, se laisse bercer et oscille entre sentiments mélancoliques et sourires amusés.

Meduzot est l'un de ces films qui enveloppe et transporte au rythme de l'écume, et qui insuffle magie et émotion, avec légèreté et poésie aux petits riens de l'existence. Tels des bouteilles jetées à la mer, acteurs et spectateurs se retrouvent, ensemble, embarqués dans cette grande croisière de la vie.

Constance Déchelotte et Anatole Tomczak du lycée franco-allemand de Buc

21 mai - L'amour à tout prix

Párpados Azules d'Ernesto Contreras
Avec Cecilia Suarez, Tiare Scanda, Andrés Montiel...

Il était une fois un réalisateur, Ernesto Contreras, qui créa Párpados Azules, une anti-comédie romantique. Ce premier long métrage montre deux inconnus, deux anti-héros, deux miroirs négatifs qui vont être amenés à partir en voyage à Playa Salamandra. Mais avant de partir, ils tentent de faire connaissance. Pourtant, sans alchimie, les rencontres ne peuvent aller très loin…

Ainsi, pendant 98 minutes, le réalisateur fait ressentir un ennui constant. Il ne peut rien se passer entre ces deux êtres car leur quotidien est pathétiquement banal et ils sont déjà enfermés dans une solitude impossible à rompre. Le rythme est lent, voire inexistant. Le réalisateur a donc insisté sur une longueur de temps "réelle" et non sur une longueur "fictive" pour représenter l'ennui.

Pourtant, le cinéma a déjà prouvé qu'il existe d'autres moyens pour traduire l'ennui : dans le film Il était une fois dans l'ouest, par exemple, le début paraît long mais une tension omniprésente empêche le spectateur de s'ennuyer. Ernesto Contreras pourra donc faire mieux, mais dans un long moment.

Kévin Durivaux et Julie Delmas du lycée d'Arsonval

20 mai - Alexandr(a)

XXY de Lucia Puenzo
Avec Valeria Bertuccelli, Ricardo Darin, Inés Efron...

Lucia Puenzo nous présente une histoire bouleversante, celle d'une jeune hermaphrodite de 15 ans : Alex.

Entre amour et honte, à mi-chemin entre l'enfance et l'adolescence, moitié homme, moitié femme, ce personnage nous surprend, nous émeut, nous pousse à réfléchir sur notre condition, sur ce que peut être la vie adolescente.

Inès Efron révèle ici tout son talent, c'est en la rencontrant que l'on prend conscience du travail qu'elle a effectuée pour se rendre masculine. C'est une actrice touchante, qui resplendit dans XXY et qui ne tardera pas à se faire un nom.

Le scénario est très bien mené, passionnant du début à la fin ! On retrouve la thématique classique du secret, lent à se dévoiler, tel une menace lourde qu'accentue une musique discrète, triste, sourde…

La réalisation est toute aussi intéressante. Une seule couleur domine dans chaque scène : le vert, symbole d'espoir, et pourtant, si glauque ici. Il représente la tension, la menace, le poids du secret, les abysses du subconscient…

La vérité finit par éclater, disparaît alors ce vert pour laisser place à une mer d'un beau bleu, surplombée par quelques rayons de soleil, redonnant ainsi lumière et chaleur à ce paysage uruguayen rude mais magnifique, à l'image de cette histoire. Enfin une atmosphère de réconfort et de bien-être… Quel plaisir !

Le spectateur n'a donc d'autre choix que de se plonger dans cet excellent long métrage : on souffre avec Alex, frémit pour elle, pleure à ses côtés… Les qualités de réalisatrice et scénariste de Lucia Puenzo ne sont, tout comme celle d'Inès Efron, plus à démontrer. XXY est son premier long métrage, c'est à peine croyable !

Sonia Ben Ouirane et Morgane Duval du lycée Carnot, à Cannes

19 mai - La vengeance dans la peau

Voleurs de chevaux de Micha Wald
Avec Grégoire Colin, Adrien Jolivet, Grégoire Leprince-Ringuet...

Micha Wald, déjà réalisateur du court-métrage ''Alice et moi'', présenté lors de la 43e édition de la Semaine internationale de la critique, revient au galop cette année 2007 pour présenter son premier long métrage : un western sentimental.

Voleurs de chevaux est un condensé d'action entre poursuites et combats de sabres, qui traite d'une relation fraternelle entre deux couples de frères. D'un côté, Jakub et Vladimir. De l'autre, Roman et Elias.

Si beaucoup de choses semblent les séparer, beaucoup d'autres les rapprochent. L'absence de leurs parents - jamais nommés -, la complexité de leurs relations - ils ont besoin l'un de l'autre pour avancer... Une fraternité qui s'exprime différemment selon les duos : la relation entre Jakub et Vladimir, plus intime que celle, plus violente, entre Roman et Elias.

Le scénario, original ne se borne pas à explorer seulement les relations fraternelles mais s'intéresse également au thème de la vengeance. Vengeance qui donnera une nouvelle raison de "vivre" à Jakub, perdu après la mort de son frère, tué par Roman. Une quête de vengeance qui le mènera à devenir une sorte d'animal, violent, sans pitié et inhumain, cherchant juste à se venger, pensant peut-être "rester" avec son frère. Une façon en quelque sorte de faire son deuil.

Un deuil qui ne pourra se faire sans violence ; violence parfois choquante mais indispensable. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans les années 1800, en Europe de l'Est, et que se battre est monnaie courante. Heureusement, la couleur rouge sang contraste avec la couleur verte de la nature, délivrant un peu de pureté et de poésie dans un monde de brutes.

Micha Wald pose sa caméra dans des paysages somptueux qui reflètent une nature à l'inverse des émotions que ressentent les protagonistes dans leur corps à corps douloureux. Les costumes sont ancrés dans la froide réalité, s'y fondant avec justesse. Doublé d'une mise en scène recherchée, classique dans sa narration mais stylisée dans ses combats, Voleurs de chevaux étonne pour une première réalisation.

Si les coups reçus dans les affrontements sont ressentis par les spectateurs, il se dégage néanmoins une certaine froideur. Peut-être est-ce dû à la légèreté des dialogues ou au manque de conviction de la part de certains acteurs. Dans tous les cas, Voleurs de chevaux n'arrive pas toujours à nous émouvoir et c'est sans doute cela son principal point faible.

François René-Dupont, l'interprète d'Elias, malgré un certain manque de crédibilité, s'en tire correctement (pour un premier rôle au cinéma). Grégoire Colin, Grégoire Leprince-Ringuet et Adrien Jolivet complètent ce casting adolescent. Mais le nom à retenir est véritablement celui d'Adrien Jolivet : le jeune homme, charismatique et talentueux, a toutes les chances de se faire un nom ; du moins, on l'espère.

Manon Fumagalli et Kim N'Guyen du lycée Bristol

18 mai - Ce n'est qu'un au revoir, papa

Nos retrouvailles de David Oelhoffen
Avec Jacques Gamblin, Nicolas Giraud, Jacques Spiesser...

C'est décidément un thème récurrent chez David Oelhoffen. Pour son premier long métrage, Nos Retrouvailles, il aborde le thème complexe des relations père-fils. Cette fois-ci, un père déchu, incarné par Jacques Gamblin, qui vient chercher en son fils qu'il n'a plus vu depuis longtemps ; son dernier espoir, son dernier moyen de s'en sortir.

Son fils Marco, incarné par Nicolas Giraud, mène une vie simple et sans décor, entre la plonge dans une cantine et la boxe, où il extériorise ses sentiments, où il apprend mieux à recevoir les coups qu'à les donner.

Avec beaucoup de talent, le réalisateur nous montre ces deux personnages qui ont besoin l'un de l'autre, qui puisent en l'autre ce qui leur manque. Par des jeux de gros plans successifs, on se penche sur les mimiques et expressions de chaque individu, nous rapprochant d'eux, s'attachant à leurs êtres simples et touchants.

Mais ce qui fait la réussite de ce film ne réside pas tant dans la relation entre Gabriel et son fils que dans l'habileté du réalisateur à matérialiser la césure des modèles, voire des idéaux, et la difficulté de se détacher d'un père ou de détacher le père de son fils.

Oui. Car ici, c'est le père qui a besoin de son fils pour se raccrocher à la vie. Cela va permettre à Marco de prendre son envol, de rompre avec son enfance. Nos Retrouvailles évoque ce désir de grandir et de s'affranchir pour rentrer dans l'âge adulte.

Ce film montre des scènes de la vie quotidienne, un jeu de musique restreint, conférant aux scènes leur rythme saccadé. Les comédiens brillent dans leurs rôles respectifs. Ce film est ponctué par des scènes pudiques et silencieuses, où rien ne se passe, rien que la vie banale. Une performance tant pour les acteurs que pour le réalisateur. Au final, une œuvre au ton de prime abord pessimiste qui nous délivre un message résolument optimiste.

Anatole Tomczak et Clément Petitmangin

17 mai - Une œuvre sidérale

La Voie lactée de Lina Chamie
Avec Marco Ricca, Alice Braga, Fernando Alves Pinto...

Pour son second long métrage, La Voie lactée, la réalisatrice brésilienne Lina Chamie livre une œuvre unique en son genre. Cette histoire d'amour pourtant banale est abordée ici de manière peu académique et particulièrement touchante. Ils se sont aimés mais se séparent. Commence alors le jeu de la quête de l'autre, à travers la quête de soi.

Heitor erre à travers une ville improbable et hors du temps, comme il se perd dans les méandres de ses pensées, de la rêverie, du fantasme et de son existence. Tout se fait écho, chaque scène répond à une autre, et les acteurs, qui ne manquent pas de talent, donnent habilement la réplique aux interrogations posées par des prises de vue singulières.

Mêlant avec subtilité la grâce de la poésie, de la musique et de l'image, la réalisatrice fait de cette histoire discontinue une œuvre fluide et à même de laisser place à la libre expression des sentiments. Lina Chamie joue avec les émotions du spectateur comme avec celles de ses personnages : du début à la fin, la magie du film opère et le public suit.

Malgré quelques longueurs, brisant parfois le rythme imposé, la jeune cinéaste n'en reste pas moins convaincante. La Voie lactée est une histoire de cœur, mais surtout, une œuvre du cœur.

Pauline Villain, Anatole Tomczak, Constance Déchelotte et Clément Petitmangin

Critique de film

Retrouvez dès le vendredi 18 mai le regard des soixante jeunes sur les films en compétition officielle !

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