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Angry Bahreinis : le combat des activistes sur internet

Nabeel Rajab est l’un des tous premiers cyber-dissidents à avoir été incarcéré pour un tweet. Président du centre des Droits de l’Homme de Bahreïn, il aurait encouragé les gens, sur Twitter, à participer à des manifestations illégales. Il a pris trois ans.

#Feb14, le hashtag de la révolution Bahreini (CC People's Open Graphics sur Flickr)

Les circonstances de son arrestation montrent à quel point l’Internet a été, et est encore aujourd’hui, au coeur du printemps arabe.

En mai 2012, Nabeel Rajab, qui frôle les 200 000 followers, annonçait sur Twitter qu’il allait accorder une interview à Julian Assange. Dans la foulée, sa maison à Bahreïn était cernée par près de 100 policiers armés avec des mitrailleuses. Sauf que Nabeel, futé, était déjà parti à Londres rencontrer le fondateur de WikiLeaks. Et c’est à son retour, en descendant de l’avion, qu’il a été incarcéré. Son interview, diffusée sur le Net, a contribué à faire connaître le combat des défenseurs des droits de l’homme au royaume de Bahreïn, WikiLeaks et Julian Assange assurant le service après-vente en médiatisant son incarcération.

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Bahreïn, petite île du golfe Persique située entre le Qatar et l’Arabie saoudite, est classé au 173e rang (sur 179) au classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Elle fait aussi partie, avec la Corée du Nord, Cuba, l’Iran et la Syrie, des 12 pays considérés comme des ennemis de l’Internet.

Des dizaines d’étudiants ont ainsi été expulsés de leur grande école pour un “Like” sur Facebook. Et l’on ne compte plus le nombre de journalistes, blogueurs et utilisateurs de réseaux sociaux y ont été harcelés, incarcérés, blessés ou torturés (attention, images pouvant choquer – NDLR), à l’image de Nazeeha Saeed, la correspondante de France 24, rouée de coups de poings et de pied, les yeux bandés, dans un commissariat, par des policières qui voulaient lui faire avouer qu’elle avait “menti” dans ses reportages, et nui à l’image du pays.

Bien qu’il soit censuré, l’Internet est l’un des seuls moyens qu’ont les Bahreïnis de s’informer, et de faire connaître au monde entier le fait qu’ils continuent, encore aujourd’hui, à manifester pour défendre leurs libertés.

Depuis le début du printemps arabe, plus de 200 journalistes étrangers, représentants d’ONG ou responsables politiques se sont vus refuser l’entrée sur le territoire. C’est donc sur le web, et via Twitter, que les défenseurs des droits de l’homme partagent les photos et vidéos, souvent trash, de leurs manifestations, et de la répression policière.

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Il faut dire que les forces de police anti-émeutes ne font pas dans la dentelle. Plus de 80 manifestants sont ainsi morts, soit parce qu’ils ont reçu une grenade lacrymogène en pleine tête, soit parce qu’ils ont été criblés de dizaines, voire de centaines de plombs de chevrotine. A Barheïn, on chasse le manifestant comme les chasseurs français chassent le gros gibier.

La famille Al Khawaja, pressentie pour être nominée au prix Nobel de la paix, est emblématique du courage des Barheïnis. Le père, qui avait fondé le centre des droits de l’homme du Barheïn, a été condamné à la prison à perpétuité, au terme d’une parodie de procès.

Les soeurs Al-Khawaja réunies en janvier, en attendant d'aller rendre visite à leur père en prison... (photo @angryarabiya sur Twitter)

Zainab, sa fille de 29 ans, connue sous le pseudonyme d’AngryArabiya sur Twitter, a fait plusieurs séjours en prison l’an passé, pour avoir osé manifesté, souvent toute seule, dans la rue.

Maryam, son autre fille de 25 ans, vivant en exil au Danemark, vient tout juste de rentrer dans son pays, après avoir obtenu l’autorisation d’aller y voir son père.

C’est la première fois, depuis le début du printemps arabe, que la famille est enfin réunie. En prison. Le Barheïn a beau interdire aux journalistes étrangers de venir voir ce qui s’y passe, le pays n’a pas encore réussi à interdire aux Bahreïnis d’écrire sur Twitter

Jean-Marc Manach

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