Cette semaine le Vinvinteur vous propose une spéciale 4chan, le forum anarchique et fourre-tout qualifié par certains de “trou du cul du web”. Notre défi : vous prouver que 4chan peut être positif pour l’humanité, ou du moins digne d’intérêt. Explications.
4chan sévit sur les internets depuis 2003, date où son créateur, Christopher Poole (connu sous le pseudo “m00t”) alors âgé de 15 ans, décide de concevoir un forum d’imageboards anglophone inspiré par les sites japonais 2channel et Futaba.
Au début, il n’y était question que de manga. Sauf que, prenant l’ampleur souhaitée par son créateur, 4chan est devenu très vite un lieu ultime de perdition sur le web et un emblème de la web culture.
Le principe : les utilisateurs publient des images ou des questions sur l’un des 58 boards ou sous-sections thématiques, chaque post est anonyme et il n’y a aucun archivage. Si ce que vous postez déclenche des réactions de la part des autres utilisateurs, qui peuvent ajouter un post à votre publication, vous avez des chances de rester sur le site un petit bout de temps. En revanche, si votre post passe inaperçu, il restera au plus quelques minutes, voire juste quelques secondes, le temps de descendre les 16 pages du board. Dure loi de l’éphémère, qui pousse certains à publier tout et n’importe quoi pour se faire remarquer. Pornographie, racisme anti tout et humour gras : une visite sur 4chan, et particulièrement sur le board /b/ révèle à peu près tout ce que le web possède de plus trash.
À l’origine de toute chose
/b/, c’est le forum “Random”, donc aléatoire de 4chan, un espace sans limites où porno, trolling et mèmes tordus sont de mise. Mais il ne faut pas s’arrêter là où mauvais goût il y a. S’il semble peu ragoûtant, 4chan est devenu au fil des ans bien plus important qu’il n’y paraît. Derrière la bannière un peu old school du site (qui n’a pas changé depuis 2003), une gigantesque communauté a imposé ses lois, son humour et son imagerie au monde entier, insufflant un état d’esprit à Internet.
Pour l’amour du Lulz, le lol un peu malsain, les 4chaners sont prêts à tout. 4chan est tout juste soumis aux “règles d’internet”, une charte de 47 articles, tous plus absurdes les uns que les autres, qui commence par “on ne parle pas de /b/”. Le plus emblématique restant la règle 34 : “If it exists, there is porn of it, no exceptions” (si ça existe, il y a forcément une version porno).
Malgré cette passion amusée pour l’obscène, 4chan n’est pas peuplé que de détraqués sexuels ou de pirates en mal de vengeance qui errent sur le réseau en regardant des images bizarres ou – au choix – en se défoulant sur les autres. Il regorge surtout d’accros à la culture web, la vraie. Qui sont aussi les pros du détourage sur Photoshop.
Vecteur essentiel de créativité, 4chan a généré il y a quelques années le concept de mème et les demotivational posters. Une grande majorité des images LOL qui circulent sur internet aujourd’hui proviennent des confins du forum, véritable royaume de la dérision. Sans parler des anti-héros de la pop culture propulsés au sommet de leur gloire par 4chan : Pedobear, le Nyan Cat, les petits poneys, entre autres joyeusetés.
Armée du web
Sur 4chan s’est aussi largement développé le trolling, pratique qui consiste à pourrir quelqu’un via internet, souvent gratuitement. Le site dispose d’une armée de renom : quand les 4chaners n’aiment pas certaines choses, ils le font savoir. Ne vous avisez pas d’essayer d’évangéliser ces terres corrompues, ou de parler de vous un peu trop souvent, vous risquez de vivre un cauchemar. A l’image de Jessi Slaughter, ado un peu égocentrique qui a bien énervé le réseau. Elle est maintenant sous protection policière. Ça calme. Autre preuve de l’influence de 4chan, le collectif Anonymous s’est formé sur /b/, gangrené par l’amour du trolling et de la défense de tout et n’importe quoi.
Outre cet aspect fédérateur, 4chan a mené diverses actions de rébellion pour l’intérêt général (ou presque). A son palmarès : invasion de porno sur Youtube, piratage du compte mail de Sarah Palin, cafouillage dans le sondage pour élire la personnalité de l’année du TIME, soutien à Julian Assange, série d’attaques contre l’Église de Scientologie et gentilles attentions pour l’anniversaire d’un vétéran. Bienveillant ou satirique, 4chan aime bien foutre le bordel dans les conventions. Globalement, note le site Boumbox, “certaines valeurs semblent être partagées par tous les utilisateurs : torturer des animaux c’est mal, les sectes & les religions c’est mal, faire des crasses à un looser attachant c’est mal.”
Un anti Facebook underground
Forcément l’anonymat aide tout ce petit monde à s’exprimer. M00t n’a de cesse de le revendiquer : c’est selon lui un gage essentiel de créativité et un moteur pour internet.
Symbole d’une contre-culture presque oubliée, 4chan se dresse comme un forçat du web, étrange mais puissant. Derrière les écrans, les 4chaners participent à leur manière à la révolution générationnelle. Une sorte d’”élite du web”, loin des clichés, qui s’amuse et décide de ce qui sera drôle, trash, révoltant, repris sur les réseaux demain.
Eléonore Bounhiol











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2 Commentaires
Genre… Une version porno à tout contenu du web… Ceux qui veulent faire la version porno de l’affaire findus doivent être sacrément barges
Citer la première règle et l’enfreindre quand même. Bravo !